Lue dans Le Monde du 24 avril, cette tribune du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, Brice Hortefeux :
"Si les diverses enquêtes d’opinion montrent que la
grande majorité de nos concitoyens comprend, approuve et soutient la
nouvelle politique d’immigration de la France, je suis cependant
attentif aux critiques ici ou là, parfois bruyantes. Certains
contestent les principes même de notre politique. D’autres - dans une
construction intellectuelle bizarre et contradictoire - fustigent leur
application au cas par cas, comme nous le faisons en ce moment même
avec les travailleurs clandestins en grève. Dans le même mouvement,
certains dénoncent notre refus des régularisations massives. D’aucuns
s’élèvent contre le principe d’objectifs chiffrés ou condamnent
l’existence de centres de rétention, jugeant notre politique trop
répressive. Après les avoir écoutés, je veux répondre à chacun d’eux.
1) S’agissant des fondements de notre politique,
j’observe qu’il n’existe plus un seul pays d’Europe qui refuse
aujourd’hui de maîtriser les flux migratoires et de lutter sans relâche
contre l’immigration illégale. Lorsque 1 800 immigrés clandestins sont
morts en 2007 aux portes de l’Europe sur des barques de fortune,
victimes de réseaux et de passeurs, faudrait-il rester les bras
ballants ? Lorsque des immigrés légaux font l’effort de respecter nos
lois et de suivre le parcours d’intégration, faudrait-il n’en tenir
aucun compte et ne pas faire de différence avec ceux qui rentrent en
France illégalement et y séjournent sans y être autorisés ? Lorsque les
gouvernements des pays d’émigration eux-mêmes nous demandent de ne pas
piller leurs forces vives, faudrait-il refuser de les écouter et de
gérer les flux migratoires avec eux de manière concertée ? A
l’évidence, pour la France comme pour tous les pays européens, la
maîtrise des flux migratoires, condition du succès de l’intégration,
est désormais la seule politique possible.
J’avance donc, sans a priori ni idéologie, avec trois
principes simples. D’abord, la France a le droit de choisir - comme
tout pays, ni plus ni moins - qui elle veut et qui elle peut accueillir
sur son territoire. Ensuite, deuxième principe, l’étranger qui est
accueilli légalement sur le territoire doit avoir, pour l’essentiel,
les mêmes droits économiques et sociaux que les Français. Enfin, sauf
situations humaines particulières, tout étranger en situation
irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays d’origine, autant
que possible de manière volontaire ou s’il le faut de manière
contrainte. Rien de plus républicain : la France est un État de droit
et dans un État de droit, chacun doit en respecter les règles.
2) Les esprits chagrins ou mal intentionnés qui
critiquent les principes de notre politique dénoncent aussi leur
application au cas par cas. Quel mauvais procès ! Depuis dix mois, je
n’ai cessé de demander aux préfets, sur l’ensemble du territoire
national, que la situation individuelle de chaque personne étrangère
soit examinée de manière la plus attentive. Dans l’immense majorité des
cas, aucune dimension - sanitaire, sociale, familiale, économique -
n’est ignorée. Lorsque j’ai personnellement connaissance de
dysfonctionnements, je les corrige. Le 18 janvier dernier, j’ai ainsi
demandé que soit régularisée la situation d’une dame turque malade âgée
de 89 ans. La semaine dernière, de même, j’ai demandé qu’une femme
béninoise, veuve d’un Français, bénéficie d’un titre de séjour. En quoi
cela est-il critiquable ? Voudrait-on que je ne régularise personne ou
que je régularise tout le monde ?
3) Ceux qui dénoncent le refus des régularisations
massives ne savent pas de quoi ils parlent. Je lis dans votre éditorial
du 8 avril que « plusieurs pays européens - l’Espagne, l’Italie, la
Grande-Bretagne, les Pays-Bas - ont trouvé des solutions pour
régulariser des sans-papiers ». Je m’étonne de la légèreté de votre
conjugaison tant le passé composé n’est, en réalité, que de
l’imparfait : ce sont précisément ces pays qui ont aujourd’hui tous
renoncé aux régularisations massives, trop conscients de l’appel d’air
qu’elles engendrent. Ecoutez Giuliano Amato, ministre - socialiste - de
l’intérieur du gouvernement italien, le 5 juin 2007 : « nous sommes
tout à fait d’accord pour lutter contre les régularisations
généralisées ».
4) Quant à ceux qui s’attaquent à « la politique du
chiffre », ils redoutent peut-être l’efficacité de notre action. Oui,
notre politique est efficace. Elle porte ses fruits. Pour la première
fois depuis une génération, le nombre de clandestins a diminué en
France en 2007, connaissant même une baisse de 6%. Au total, ce sont
près de 110 000 clandestins qui ont quitté la France depuis 2002.
Simultanément, nous luttons sans relâche contre les
esclavagistes de notre temps qui exploitent la misère des candidats à
l’immigration clandestine. 1 564 employeurs de clandestins ont été
interpellés en 2007, contre 1 077 en 2006, soit une augmentation de
+45%. 96 filières ont été démantelées et 684 marchands de sommeil ont
été arrêtés, soit une hausse de +15%.
Que l’on se rassure : nous ne sommes pas des ayatollahs
du chiffre ! Mais s’y référer a le mérite de constituer un triple
signal : un signal adressé à ceux qui, arrivés légalement sur notre
territoire, respectent nos règles et nos valeurs et doivent se sentir
protégés, un signal aussi à ceux qui seraient tentés de se rendre en
France de manière clandestine comme à ceux, réseaux et passeurs, qui
font de la misère humaine un juteux fonds de commerce.
5) S’agissant des centres de rétention administrative,
je rappelle que les premiers ont été ouverts en 1984, lorsque les
socialistes et communistes étaient au pouvoir.
Les CRA existent aujourd’hui quasiment dans toute
l’Europe et s’ils n’existaient pas, l’alternative serait la prison
comme c’est déjà le cas ailleurs dans le monde. Faut-il rappeler que la
rétention administrative peut s’interrompre à tout moment si
l’intéressé manifeste son désir de rentrer par lui-même dans son pays
d’origine, le cas échéant avec le bénéfice d’une aide au retour ?
J’ajoute que la personne retenue qui séjourne en
moyenne 12 jours en CRA bénéfice de conditions de vie beaucoup plus
libérales que celles d’un détenu : droit de visite étendu, possibilité
de téléphoner à l’extérieur, absence d’enfermement en cellule... De
plus, mon ministère consacre cette année encore 3,88 millions d’euros
pour financer la présence d’une association, la Cimade, au sein des
centres de rétention. Le commissaire pour les droits de l’homme du
Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, m’a d’ailleurs récemment fait
part de sa satisfaction quant aux conditions de rétention qui sont
parmi les meilleures d’Europe.
6) Certains fustigent, enfin, une politique jugée trop
répressive. Pourtant, dès ma prise de fonctions, j’ai demandé
expressément à ce qu’il n’y ait pas de contrôle aux faciès. J’ai, par
ailleurs, exigé qu’il n’y ait pas d’interpellation à la sortie des
écoles. Je ne suis pas dupe des amalgames que certains voudraient
mettre en scène. Quelle est cette méthode ignoble qui consiste à
imputer la mort d’immigrés clandestins à la police alors que celle-ci
était présente sur les lieux du drame pour de toutes autres raisons que
la lutte contre l’immigration irrégulière ? Je pense à cette
ressortissante chinoise, qui s’est tuée en novembre dernier alors que
des policiers étaient venus remettre une convocation judiciaire au
marchand de sommeil chez qui elle était hébergée. Je pense encore à ce
jeune Malien qui s’est jeté voici plusieurs jours dans la Marne alors
qu’il tentait de se soustraire à un contrôle occasionné par la
vérification d’un titre de transport. En suscitant la confusion à
partir de ces drames, les bien-pensants alimentent une psychose que la
seule exigence du respect de la loi ne justifie certes pas.
En devenant ministre de l’immigration, de
l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire
dans le gouvernement de François Fillon, je savais que ma tâche serait
difficile. Ce nouveau ministère est sans doute l’un des plus sensibles
du Gouvernement. Il est sensible parce que, plus que tout autre, il
touche à l’être humain, trace un destin commun et dessine l’avenir de
notre communauté nationale. Il affirme sa dimension européenne et sa
volonté d’un développement solidaire.
Je ne suis ni sourd, ni aveugle. J’entends les
critiques et lis les articles. Je partage l’émotion. Qui peut croire
que sur un sujet aussi délicat parce qu’il touche à l’équilibre de
notre société, il n’y ait que des certitudes et aucune interrogation ?
Pas un jour ne se passe sans que je me pose la question : notre action
est-elle juste ? Chaque matin, je m’interroge et chaque soir, je repars
avec la même conviction. Au-delà des mots, de l’incantation et des
postures collectives aussi généreuses qu’elles n’entrainent aucune
conséquence individuelle pour ceux qui pratiquent l’insulte ad hominem,
j’affirme que la nouvelle politique d’immigration de la France, dont le
Président de la République est à l’initiative, est la seule possible et
responsable. Elle trouve sa cohérence dans sa triple vérité : elle est
à la fois nécessaire, efficace et équilibrée."