J’ai vécu à New York, à la fin des années quatre-vingt dix, la ferveur des Américains défilant derrière la bannière étoilée, lors de la fête nationale du 4 juillet. Dans leur diversité, les citoyens des Etats-Unis savent affirmer la fierté d’être ce qu’ils sont.
En France, j’ai le sentiment qu’il faut parfois s’excuser d’être patriote, tant l’on est alors soupçonné de chauvinisme étroit ou de xénophobie rampante. Le patriotisme est politiquement incorrect. La gauche morale, qui donne le ton des beaux esprits, n’aime rien tant que la pénitence. Ce qui est chic et bien vu, c’est dire du mal de l’histoire de France. Pour être bien-pensant, il faut être repentant.
Le président de l’AJA, Jean-Claude Hamel, en a récemment fait les frais. Parce qu’il est patriote, parce qu’il aime la France autant qu’il aime Auxerre, il a déclaré, devant une caméra de télévision, qu’il a eu « mal au cœur » lorsqu’il a entendu siffler la Marseillaise au stade de France. La réact
ion de son interlocuteur ne s’est pas fait attendre : « lamentable ! ».
Ce qui est lamentable, c’est de tolérer que l’hymne national fasse l’objet de quolibets. Ce qui est lamentable, c’est que La Marseillaise ne soit pas comprise pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un chant d’émancipation, le chant d’une nation qui aspire à la liberté.
Le patriotisme n’est pas un gros mot.
Car notre identité nationale n’est ni synonyme d’exclusion, ni synonyme de repli. Rappeler aux Français qu’ils ont un héritage commun et un destin partagé, c’est leur permettre de bâtir un projet collectif. A l’heure de la mondialisation et au moment où nous construisons l’Union européenne, promouvoir l’identité nationale, c’est faire œuvre de patriotisme. Un patriotisme qui refuse le nationalisme, qui refuse le communautarisme, qui refuse les identités exclusives.
Ce patriotisme ouvert, c’est la voie qui permet d’aborder avec confiance l’avenir de notre communauté nationale.